Assise dans ma petite chambre de la maison familiale que j’ai regagné depuis le 7 mars, je réfléchis à la pandémie du Covid-19, qui en quelques semaines a changé ma réalité, que dis-je, qui a bouleversé notre planète. Des images floues défilent dans ma mémoire…

Je me vois semi-allongée sur le lit de ma petite chambre universitaire vers la fin du mois de janvier, écoutant ma mère se lamenter au téléphone du sort de nos bons amis chinois, très inquiets à cause d’une maladie mortelle qui se propage dans leur pays. De nature anxieuse, j’ai procédé à un calcul mental des distances, et j’ai déterminé que l’océan qui nous séparait ne laissait place à aucune menace.  Ne prêtant qu’une oreille lointaine au souci de ma mère, j’ai focalisé mon attention vers mon vrai souci :  ma pile de devoirs.  Les deux semaines suivantes m’ont offert la même insouciance tandis que les récits de ma mère se multipliaient.  Nos amis, en Chine, n’avaient pas le droit de sortir de chez eux !  Ils étaient confinés !  Cela me prendra encore deux semaines de plus pour finalement comprendre la signification du confinement.

Pour rappel, je suis une étudiante de première année, qui a quitté sa ville natale de Seattle pour parcourir 480 km vers le sud à vélo un beau jour de septembre 2019 ; afin de commencer des études à l’université de mes rêves, University of Oregon (UO) située dans la sereine ville d’Eugene, au sein de la féconde Willamete Valley de l’état d’Oregon (l’histoire de mon voyage en vélo est un récit que je vous conterai dans un autre épisode.) 

De ma chambre universitaire située au 4ème étage du campus verdoyant de UO, j’ai continué à prêter qu’une oreille aux dires de ma mère, qui me donnait des informations anxiogènes sur l’avancée du Covid-19 en Iran, où vivait sa mère.  Sachant ma grand-mère en sécurité, j’ai pu me tranquilliser et continuer à me soucier de mes multiples autres tâches.  Ma mère m’annonça, peu après, que la France, où habite sa sœur et sa famille, faisait face à une crise sanitaire causée par la propagation du Covid-19.  Une fois de plus, tranquillisée par la sécurité de ma tante outre atlantique, j’ai poursuivi ma vie quotidienne.

L’alarme a sonné pour moi le 29 février.  Il m’a semblé avoir vu des nouvelles défiler sur l’écran de mon mobile.  J’avais reconnu le nom « Kirkland », ville située à quelques kilomètres de la maison de mes parents où une personne avait trouvé la mort, infectée par le coronavirus.   Souvenez-vous que j’ai mentionné, quelques lignes plus haut que je suis de nature anxieuse ?  Mon esprit s’est focalisé vers la démystification de la nouvelle que je venais de lire.  Plus je découvrais ce coronavirus redoutable, plus je me sentais étouffée dans le confins de ma résidence auparavant tant aimée. 

Les 7 jours suivants étaient remplis d’un mélange de chagrin, d’ahurissement et d’incertitude.  Tout en suivant le sort de ma ville natale et le premier foyer de la propagation du virus aux USA, une sorte de frayeur s’installait en moi. Observant mes amis et étudiants, circuler sans souci, je ne savais que croire.  M’alarmer ? Ignorer ? Utiliser de façon excessive le précieux gel hydroalcoolique ?  Ces doutes ont duré quelques jours avant que UO n’annonce le passage à l’enseignement à distance pendant trois semaines.

Dans les quelques heures qui ont suivi, mes valises ont été préparées et je ne souhaitais qu’une chose : rentrer au plus vite en sécurité auprès de ma famille.  J’avais besoin de tranquillité pour retrouver ma concentration pour mes révisions finales avant les examens, qui allaient avoir lieu à distance ; une méthode nouvelle que ni professeur, ni étudiant pouvait anticiper.  Tant bien que mal, étudiants et professeurs ont pu coordonner leurs efforts pour finir le trimestre d’hiver.  Peu après, la nouvelle nous est parvenu que le semestre de printemps se ferait également à distance.  Avec la rumeur des restrictions des mouvements des habitants de l’Etat de Washington et de l’Oregon, ma famille et moi-même avons dû partir précipitamment afin de récupérer mes affaires laissées sur le campus.  Mes adieux à un campus déserté dans une ville fantôme n’étaient pas des plus joyeux. 

Faisons un saut dans le temps.  Installée aujourd’hui avec mes parents, je ne parcours plus le campus à pied ni à vélo. J’ai la chance d’avoir des parents avec une maison et pouvant subvenir à mes besoins.  J’ai un accès fiable à l’internet et la chance de pouvoir suivre mes cours à distance.  Une nouvelle routine s’est établie où je suis des cours en ligne, et me connecte avec mes amis via zoom. Cet enseignement a ses propres avantages éliminant ainsi les logistiques de transport et favorisant la diminution de la pollution.  Un grand avantage des cours à distance est de pouvoir écouter plus attentivement les idées.  On tend aussi à moins juger les apparences, en nous concentrant sur le contenu délivré.  

Ma famille élargie a adopté de nouvelles routines de connections pour éviter l’isolement.  Nous nous retrouvons régulièrement sur zoom pour partager nos vécus, pensées, soucis et joies. Nous avons tous un dénominateur en commun : la vie de chacun, sans exception, a été affectée par cette pandémie.

Je ne sais pas comment cette crise affectera le futur de l’humanité, ni mon futur. Dans l’immédiat, mes plans de faire un stage d’été et de partir en un voyage éducatif ne semblent plus réalisables.  Les inquiétudes autour du déconfinement, de la reprise des activités, de la redéfinition du travail et des études, et des crises politiques nous hantent. 

Je ne suis plus l’insouciante étudiante de février 2020.  Depuis, j’ai pu réfléchir aux valeurs humaines les plus importantes telles que l’amour inconditionnel et la solidarité.  J’ai développé une reconnaissance car je suis en bonne santé, et pour la chance d’avoir une famille et des amis. 

Je demeure consciente que chacun vit sa propre réalité pendant cette crise que le monde traverse. 

Mais pour finir, je souhaite partager une lueur d’espoir.  Le Covid-19 a rendu possible certains impossibles. Dans ma ville, l’effort communautaire a fourni aux sans-abris des logements, et un grand nombre en bénéficie aujourd’hui.  Ce problème insolvable pendant des années a trouvé une solution en l’espace de quelques semaines.  

Aazaad Burn

University of Oregon